Dépistage

Rapport suivi de recommandations sur l’évolution du dispositif de dépistage de l’infection par le VIH en France

Publié le 16 novembre 2006

 Rapport

sur proposition de la commission « Dépistage »

Membres de la commission dépistage :
- Willy Rozenbaum
- Françoise Brun-Vézinet
- Pierre Mathiot
- Christian Saout
- François Bourdillon
- Danièle Quantinet

Rapporteurs : Marc Dixneuf, Anthony Poncier

 Introduction

Le test de dépistage de l’infection par le Virus de l’Immuno-déficience Humaine (VIH) est disponible depuis 1985. Il n’existait pas alors de traitements antirétroviraux, son intérêt était essentiellement de sécuriser les dons du sang, d’organes, de tissus, de cellules, de gamètes. Avec l’apparition des traitements, l’intérêt du dépistage est devenu fondamental au niveau individuel. Les multithérapies antirétrovirales ont indéniablement permis d’améliorer l’espérance de vie des personnes infectées par le VIH. Le test de dépistage permet d’identifier une infection asymptomatique pour amener à un diagnostic et à une prise en charge précoce. Par des examens immunovirologiques, il permet de déterminer le moment optimum de la mise sous traitement antirétroviral. Le cadre d’organisation du dépistage a été pensé pour permettre de délivrer des messages de prévention avant et après la réalisation du test. Cette procédure, qualifiée par les Anglo-saxons de counseling, a été adoptée, ainsi que le nom qui la désigne, par les professionnels de santé français et a peu évolué depuis.

Ces dernières années, la politique de dépistage a suscité des interrogations pour deux raisons. D’une part, alors qu’une prise en charge précoce permet d’améliorer très largement l’espérance de vie des personnes infectées par le VIH, les donnée épidémiologiques ont confirmé le constat d’un retard dans le dépistage et la prise en charge. Selon les méthodes de calcul, la prévalence de l’infection par le VIH est estimée entre 106 000 et 134 000 personnes fin 2005 [1]. Le nombre de personnes infectées et qui ne connaîtraient pas leur infection par le VIH est élevé, estimé aux alentours de 40 000 [2]. En 2004, parmi les personnes chez lesquelles un sida était diagnostiqué, 45 % ignoraient leur infection par le VIH [3]. Les nouvelles contaminations sont estimées à 5 200 par an [4].

En 2004, la France, après l’Autriche, est le deuxième pays européen dans lequel le taux de dépistage réalisé par habitant est le plus élevé (82 ‰), soit 4,9 millions de tests, avec une hausse de 4 % tous les ans depuis 2001 [5]. En 2004, on évalue à 7 000 le nombre de nouveaux diagnostics d’infection par le VIH réalisé. L’Institut de veille sanitaire (InVS) estimait que les transmissions chez les personnes ayant des rapports hétérosexuels sont prépondérantes avec 55 % à 67 % des nouveaux diagnostics [6]. Parmi elles, 54 % des femmes et 41 % des hommes sont d’une nationalité d’un pays d’Afrique sub-saharienne [7], mais cette tendance est en diminution entre 2003 et le 1er semestre 2005 [8]. Il existe aussi des régions où la prévalence est plus élevée, nécessitant une réponse adaptée au contexte géographique afin de renforcer le maillage du dispositif de dépistage. Parmi les personnes qui découvrent leur infection à VIH, près de la moitié (48 %) résident en Île-de-France [9]. La situation est par ailleurs préoccupante dans les Départements d’Outre-Mer (DOM), singulièrement en Guyane et en Guadeloupe. De même, certaines populations sont plus exposées au VIH. Ainsi, les transmissions chez les hommes ayant des rapports homosexuels persistent avec 24 % à 29 % des nouveaux diagnostics [10] et ont augmenté entre 2003 et le 1er semestre 2005 [11].

En septembre 2005, certains se sont inquiétés de l’avenir de l’organisation du dépistage en France. Sidaction a ainsi fait part au Conseil National du sida de ses craintes quant à l’impact négatif sur les CDAG (Consultation de dépistage anonyme et gratuit) de la mise en oeuvre de la loi relative aux libertés et aux responsabilités locales qui redonne à l’État la compétence en matière de lutte contre les infections sexuellement transmissibles (IST) [12]. Dans son rapport de juin 2006, le groupe d’experts sur la prise en charge médicale des personnes infectées par le VIH a proposé que le Conseil national du sida poursuive sa réflexion de fond sur l’offre de dépistage [13]. Se saisissant de cette question, le CNS a auditionné les principaux responsables de la lutte contre le sida et les acteurs concernés par les questions du dépistage (cf. annexe).

Afin d’identifier plus précocement les personnes infectées par le VIH qui ignorent leur contamination, le présent rapport invite à proposer plus largement le test et de faire évoluer les pratiques de dépistage. En effet, il apparaît qu’une connaissance du statut favorise une prise en charge précoce ainsi qu’une modification des comportements vers des pratiques plus sûres [14].

Dans une première partie, le rapport abordera les nécessaires changements du paradigme concernant le dispositif de dépistage. Il plaide en faveur d’un élargissement des propositions de dépistage en général et d’un effort plus spécifique à mener dans les régions de forte prévalence. Le rapport défend également l’idée que les pratiques de dépistage, comme le counseling et l’utilisation des tests rapides, doivent évoluer.

Dans un second temps le rapport envisage les moyens d’optimiser le dépistage. Dans cette optique, des politiques régionales doivent être proposées par les COREVIH (Coordinations régionales de lutte contre le VIH) tandis que les CDAG doivent mieux remplir leur mission. Enfin, les personnes à fort risque d’exposition au VIH doivent bénéficier d’une offre mieux adaptée.

Notes

[1]La prévalence est le nombre total de personnes infectées à un moment donné, dans une population donnée. L’estimation basse est celle calculée par rétrocalcul, l’estimation haute est obtenue par méthode directe. Avec un intervalle plausible de 88 000 à 185 000 personnes. « La prévalence de la séropositivité VIH en France », BEH n°11 (15 mars 2005).

[2]Le nombre de patients suivis est estimé entre 73 000 et 88 000 (FHDH), le nombre de personnes contaminée entre 106 000 et 134 000, l’intervalle du nombre de personnes ingnorant leur infection se situe probablement entre 18 000 et 61 000 personnes.

[3]Op. cit., p. 11.

[4]Les décès étant estimés à 1 700 par an, l’augmentation annuelle de la prévalence d’infection par le VIH peut donc être extrapolée à 3 500 cas (BEH n°11, op. Cit).

[5]Institut de Veille sanitaire, Surveillance du VIH/sida en France, rapport n°3, données au 30 juin 2005, p. 16.

[6]Op. cit., p. 23.

[7]Les pays sont principalement le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Congo et le Mali, Institut de Veille sanitaire, op. cit., p.5.

[8]Ibidem.

[9]Op. cit., p. 7.

[10]Op. cit., p. 23.

[11]Yeni P [dir.], Rapport 2006 : Prise en charge médicale des personnes infectées par le VIH, recommandation du groupe d’expert, Paris, Flammarion, 2006, p. 8.

[12]Loi n° 2004-809 du 13 août 2004 relative aux libertés et aux responsabilités locales, article 71.

[13]Yeni P [dir.], op. cit., p. 336.

[14]Marks G, Crepaz N, Senterfitt JW, Janssen RS, « Meta-analysis of high-risk sexual behavior in persons aware and unaware they are infected with HIV in the United States. Implications for HIV prevention programs », J Acquir Defic Syndr, 2005 Aug 1 ;39(4):446-53.

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