L’épidemie d’infection à VIH en Guyane : un problème politique

Rapport de la Commission Départements français d’Amérique

Publié le 21 février 2008

2.2.2 Une coopération à plusieurs objectifs

L’épidémie en Guyane reflète la situation épidémiologique du nord de l’Amérique du Sud et de la Caraïbe. La coopération doit permettre d’associer la Guyane et ses représentants dans la gouvernance de la réponse régionale. Elle est par ailleurs l’occasion d’offrir aux pays voisins les compétences qui peuvent leur manquer, mais elle doit être aussi envisagée comme une solution pour pallier les carences en Guyane. La coopération doit être considérée comme un bénéfice global.

Inscrire la Guyane dans la politique régionale de lutte contre l’épidémie

Dans les données de l’Onusida, la Guyane n’apparaît pas en tant que telle puisqu’elle est un département français. Cette invisibilité du département dans l’épidémie de la Caraïbe entretient l’idée fausse d’une épidémie particulière. De même, le pilotage de la réponse à partir de la France fait apparaître comme exceptionnelles des caractéristiques locales assez banales.

L’inscription de la Guyane dans la réponse régionale à l’épidémie doit permettre de développer une réflexion autour des flux de population. La question des migrations est très directement posée quand on aborde la question de l’épidémie. Le développement des relations avec les pays voisins suscite de nombreuses craintes, comme par exemple la construction du pont sur l’Oyapoc pour faciliter les échanges avec l’Etat de l’Apama au Brésil. Cette construction est considérée soit comme un facteur favorable à l’afflux d’immigrants soit à celle de produits stupéfiants [51]. Il est donc nécessaire de développer une stratégie de coopération régionale pour le VIH afin de surmonter les difficultés rencontrées par les migrants et ainsi améliorer leur prise en charge en Guyane.

La coopération doit permettre de mieux articuler la réponse entre les différents niveaux d’intervention local, régional et multilatéral. La présence à l’Organisation panaméricaine de la santé d’un assistant technique français dont une des missions est de développer les relations avec les DFA est donc importante. Le développement de micro réponses locales doit bénéficier d’une meilleure articulation avec la réponse globale à l’échelle de la Caraïbe. L’articulation du dispositif français entre ministère des Affaires étrangères et européennes qui se charge de l’aspect multilatéral et AFD pour la partie bilatérale doit être clarifiée pour les acteurs locaux. La stratégie ne doit pas être uniquement définie pour la réponse dans la Caraïbe, mais aussi servir les intérêts de la réponse française en Guyane.

Améliorer la prise en charge en Guyane et dans la région

La France peut apporter ses savoir-faire en matière de prise en charge médicale, mais dans le champ de la prévention et du dépistage, les pratiques en oeuvre dans les pays de la Caraïbe constituent une ressource à encore plus exploiter. Cette coopération bilatérale doit permettre d’améliorer l’offre de soins et de prise en charge en Guyane et dans la Caraïbe, et contribuer également à apporter des réponses pragmatiques à l’épidémie. L’attrait de la France tient à la qualité de l’offre de soins et à la présence effective des médecins, la coopération doit servir l’amélioration de l’offre de soins dans les pays frontaliers. Le renforcement de la présence de la Croix Rouge peut constituer une voie. Le soutien au maintien sur place du personnel médical peut passer aussi par le soutien aux salaires. La Cdag créé à Albina semble être inutile si elle ne peut proposer une prise en charge à la suite du dépistage.

La coopération est également au service de l’amélioration des compétences en santé communautaire. Le soutien au renforcement des associations est bien engagé grâce au projet Pancap. Ce projet est particulièrement complet, mais cette exhaustivité constitue également une difficulté car elle rend ardue l’identification d’axes stratégiques. Le soutien au renforcement des compétences et des techniques de santé communautaire passe par un soutien à la coopération entre les associations des DFA. Cette coordination entre les départements français d’Amérique sur la coopération semble essentielle. Les Corevih peuvent jouer un rôle de renforcement des échanges. L’enjeu est la pérennisation des investissements dans les associations par le maintien en place des pairs éducateurs ou du soutien aux actions de coopération de fait sur le fleuve. L’appui des services français de coopération doit permettre d’accompagner les autorités politiques guyanaises vers une meilleure appropriation de ces enjeux et des compétences qui leur ont été octroyées.

Alors que la France s’apprête à prendre la présidence de l’Union européenne, l’enjeu de la coopération régionale pour la Guyane et la France est aussi un enjeu de cohérence avec les politique de l’Union européenne tant au niveau des régions ultrapériphériques que pour la lutte contre le VIH. Le plan d’action pour le « grand voisinage » permet la dérogation aux règles territoriales d’éligibilité pour l’utilisation des fonds servant la coopération transnationale et bénéficie aujourd’hui d’un soutien des institutions européennes pour son renforcement [52]. La Commission européenne n’inclut pas toujours les pays voisins de la Guyane quand il s’agit de la lutte contre le VIH [53]. Toutefois, la coopération régionale avec la Caraïbe est envisagée avec le soutien au Fonds mondial et à la coopération sanitaire dans la région [54]. L’ensemble des acteurs investis dans la coopération régionale doit pouvoir aussi s’inscrire dans le cadre des politiques de l’Union en associant les efforts européens pour les régions ultramarines et contre l’épidémie d’infection à VIH.

Notes

[51]Phénomènes émergents liés aux drogues en 2004, tendances récentes sur le site de la Guyane, novembre 2005, Observatoire français des drogues et des toxicomanies.

[52]Communication de la Commission, Un partenariat renforcé pour les régions ultrapériphériques, COM(2004) 343, p. 8. Parlement européen, Commission du développement régional, Rapport sur un partenariat renforcé pour les régions ultrapériphériques, A6-0246/2005. Communication de la Commission, Stratégie pour les régions ultrapériphériques : bilan et perspectives COM(2007) 507, p. 7.

[53]Communication de la Commission au Conseil et au Parlement européen sur la lutte contre le VIH/sida dans l’Union européenne et les pays voisins 2006-2009, COM(205) 654, p. 12. les pays concernés sont : l’Algérie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Belarus, l’Égypte, la Géorgie, Israël, la Jordanie, le Liban, la Libye, la Moldova, le Maroc, l’Autorité palestinienne, la Syrie, la Tunisie et l’Ukraine.

[54]Communication de la commission au Conseil, au Parlement européen et au Comité économique et social européen, Partenariat UE-Caraïbes pour la croissance, la stabilité et le développement, COM(2006) 86, p. 10.

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